Ainsi, les entreprises et organismes publics assujettis doivent être en mesure d’évaluer de manière rigoureuse l’honorabilité, l’intégrité et le niveau de risque de leurs partenaires, fournisseurs ou intermédiaires, conformément aux attentes réglementaires, notamment celles issues de la loi Sapin II et des recommandations de l’AFA en France.

Dans ce cadre, l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) transforme en profondeur les pratiques d’investigation, notamment en sources ouvertes (OSINT).

Si l’IA constitue un levier d’efficacité majeur pour les programmes de conformité et d’anticorruption, son utilisation soulève également des enjeux importants en matière de fiabilité de l’information, de gouvernance et de maîtrise des risques.

Quels sont les avantages de l’IA dans la due diligence et l’évaluation des tiers ?

Industrialisation et optimisation des processus de due diligence

L’un des principaux apports de l’IA réside dans sa capacité à industrialiser les processus de due diligence, en particulier lors des phases de collecte et d’analyse (primaire) de l’information. Dans un contexte où les entreprises doivent évaluer un volume croissant de tiers dans des délais contraints, l’IA constitue un levier majeur d’optimisation opérationnelle.

Elle permet notamment :

  • d’automatiser les recherches OSINT, en explorant simultanément de multiples sources ouvertes (presse, registres publics, bases de données, réseaux sociaux),
  • de standardiser les analyses, via des grilles de lecture homogènes et des modèles de scoring des risques,
  • d’obtenir rapidement une première évaluation des risques associés à un tiers (réputation, intégrité, exposition médiatique),
  • d’accélérer les prises de décision, en fournissant rapidement des synthèses exploitables.

Amélioration de la détection des risques d’honorabilité et d’anticorruption

L’IA renforce ainsi la capacité des organisations à détecter les risques d’honorabilité et les risques anticorruption, en s’appuyant sur l’analyse de volumes massifs de données hétérogènes.

Elle permet notamment :

  • d’identifier des signaux faibles (litiges récurrents, controverses médiatiques, présence sur des listes de sanctions ou de personnes politiquement exposées (PEP)),
  • de détecter des liens complexes entre individus et entités, en mettant en évidence des réseaux d’influence, des participations croisées ou des bénéficiaires effectifs difficilement identifiables manuellement,
  • de croiser automatiquement des sources multiples,
  • de produire une synthèse rapide et structurée de la réputation d’un tiers, à partir de sources OSINT variées et multilingues.

Ces capacités constituent une aide dans les analyses de due diligence, tout en renforçant les dispositifs de prévention des risques de corruption et d’atteinte à la réputation, tout en réduisant les délais et les coûts associés aux investigations initiales.

Transformation des pratiques OSINT et optimisation opérationnelle

L’IA transforme également les pratiques OSINT en permettant aux équipes conformité de passer d’une approche ponctuelle à une logique de vigilance continue, via :

  • une collecte plus rapide, automatisée et à grande échelle de l’information, permettant une couverture étendue de sources, plus ou moins pertinentes,
  • une analyse multilingue et multisupport (articles, bases de données, contenus numériques), facilitant la détection de risques,
  • une synthèse facilitée de documents ou d’informations complexes, améliorant l’accessibilité et l’exploitation des informations collectées.

Les équipes conformité peuvent ainsi recentrer leurs efforts sur l’analyse qualitative et/ou l’investigation approfondie, nécessaires à une prise de décision éclairée, notamment dans le cadre de situations sensibles ou complexes.

Quelles sont les limites de l’IA dans le processus de Due Diligence ?

La gestion du risque informationnel liée à la collecte et l’analyse en phase OSINT

Malgré ses capacités, l’IA présente des limites dans la collecte d’informations OSINT, qui peuvent impacter la qualité des processus de due diligence et d’évaluation des tiers.

En effet, l’IA ne dispose nécessairement pas d’un accès complet à l’ensemble des sources pertinentes pour une analyse exhaustive:

  • accès restreint aux sources payantes (articles de presse protégés, bases de données spécialisées),
  • accès limité à certaines bases de données réglementées (registres du commerce, bases juridiques ou judiciaires),
  • dépendance aux contenus librement accessibles en ligne, dont la qualité et la fiabilité sont variables.

Au-delà de la collecte, l’IA présente également des limites dans l’analyse et l’interprétation des données :

  • difficulté à détecter et qualifier les fake news ou contenus biaisés, dans un contexte de prolifération de la désinformation, ou à distinguer des contenus à faible valeur informationnelle (rumeurs, reprises d’articles, contenus dupliqués),
  • manque de prise de recul dans des environnements informationnels orientés ou pour contextualiser une information sur le plan juridique, économique ou culturel,
  • gestion imparfaite des faux positifs, notamment en cas d’homonymie ou de faible empreinte numérique,
  • difficulté à hiérarchiser les niveaux d’information (rumeur, allégation, enquête en cours, condamnation avérée) ou à identifier le stade actuel d’une procédure.

Par ailleurs, les modèles d’IA peuvent être exposés à des biais algorithmiques ou à une surpondération de certaines sources (presse en ligne, réseaux sociaux) au détriment d’informations plus fiables mais moins accessibles.

Ces limites peuvent in fine affecte la qualité de l’évaluation de l’honorabilité d’un tiers et conduire à des interprétations erronées.

Une intervention humaine demeure donc indispensable pour analyser, contextualiser, croiser et valider les informations issues de l’OSINT.

Le rôle clé de l’investigation humaine dans l’évaluation des tiers

Dans les situations à risque élevé ou dans le cadre de relations stratégiques (ex : opérations de M&A), les régulateurs recommandent le recours à l’investigation humaine (HUMINT) en complément des analyses OSINT.

Contrairement à l’IA, le renseignement humain permet :

  • d’accéder à des informations non publiques,
  • de confirmer ou d’infirmer des éléments issus de l’OSINT,
  • d’analyser finement les contextes locaux, les réseaux d’influence, la réputation réelle d’un acteur ou la réalité d’une affaire/procédure en cours.

Par exemple, une entreprise peut faire l’objet de critiques dans un pays où l’environnement médiatique est contraint pour des raisons politiques, alors même qu’elle bénéficie d’une solide réputation sur le terrain.

L’investigation HUMINT apporte donc une valeur ajoutée essentielle grâce à sa capacité à :

  • décrypter des signaux faibles ou informels, souvent absents des sources ouvertes,
  • comprendre des dynamiques locales complexes (enjeux politiques, économiques, culturels),
  • évaluer la crédibilité et la fiabilité des sources humaines,
  • appréhender des éléments qualitatifs (réseaux, liens avec la sphère publique, réputation réelle, pratiques informelles, perception des parties prenantes).

En ce sens, la dimension HUMINT constitue un complément indispensable à l’IA, notamment pour les dossiers sensibles. Elle ne peut être remplacée par des outils automatisés, mais s’inscrit dans une logique de due diligence augmentée, combinant recherches en sources ouvertes et expertise humaine.

Conclusion

L’intelligence artificielle s’inscrit comme un outil d’appui à la collecte et à l’analyse des informations issues de sources ouvertes (OSINT), constituant une composante parmi d’autres du dispositif global d’évaluation des tiers.

À ce stade, elle doit toutefois être appréhendée comme un outil d’aide à la décision, et non comme un substitut à l’expertise humaine, tant dans le cadre des investigations OSINT que des démarches HUMINT.

Ainsi, l’ADIT capitalise sur une collaboration éclairée entre l’IA et l’humain.  En ces temps changeants, nous nous appuyons sur plus de trois décennies d’expérience durant lesquelles nous avons fait face à de nombreux changements technologiques, qui ont tous impacté nos métiers. Même si l’IA peut être considérée à de nombreux égards comme la plus révolutionnaire, l’ADIT cultive le réflexe de rester à l’écoute du marché et à la pointe des dernières technologies, tout en conservant son ADN, celui de l’expertise humaine augmentée.